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Le tetris humain

Le tetris humain

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Paroles

Le Tétris Humain

"Posez votre café, Monsieur le Ministre. 
Oubliez les graphiques. 
Je ne suis plus un rouage, je suis un homme au bord de la rupture.
Trente ans de service... Et ce soir, le dossier est clos."

Je dirige cette prison, je suis l'ordre et le matricule
Celui qui valide l'absurde et le minuscule.
Trente ans que je signe des rapports à la chaîne
Pour décrire l'horreur et le bruit de la haine.
J’ai vu l’acier du neuf et j’ai connu les vieux
Le béton est plus propre, mais on y parque des bœufs.
Monsieur le Ministre, j'ai servi dix de vos semblables
J'ai été le garant... je ne suis plus qu'un comptable.

Dans mon bureau de chêne, les dossiers prennent la poussière
Pendant qu'en bas, mes hommes gèrent la misère à la petite cuillère.
On m'a nommé Directeur pour redresser des vies
Pas pour empiler des corps dans le mépris.
Trois matelas au sol qui touchent la cuvette
C’est là que vos principes se brisent la tête.
Mes agents s'effacent, le regard éteint
On ne dirige plus... on attend le matin.

Le silence est un crime quand les murs vont craquer
J'ai signé trop longtemps ce que je n'osais nommer.
L’État compte ses sous, moi je compte les blessés
Dans ce Tétris humain qu'on nous force à jouer.

Aujourd'hui, j'ai laissé mon fauteuil et mes grades
Pour sentir la morsure au pied de la barricade.
Voir un Directeur en grève, ça vous semble insensé ?
C’est que l’odeur du sang a traversé le scellé.
On n’est pas dans la rue pour des jours de congés
Mais parce qu'on a honte de ce qu'on a protégé.
Laisser un fou hurler dans sa pisse et son vide
C’est préparer le terrain pour le prochain homicide.

Le silence est un crime quand les murs vont craquer
J'ai les mains trop sales pour ce qu'elles ont laissé.
Vous vendez l'espoir dans vos salons feutrés
Je vois la récidive que vous avez achetée.

Soixante ans que j’existe... trente ans à me taire.
J'ai usé mes costumes sur le cuir des non-dits.
Mais la dignité, c’est pas une ligne budgétaire
C'est le dernier rempart avant l'incendie.

Alors gardez vos rubans et vos plans triennaux
Le béton est une tombe quand on manque de barreaux.
Vous fabriquez des fauves et vous pleurez le sang ?
Moi, je quitte la cage, je ne suis plus consentant.
Je ne serai pas celui qui, à l'heure du bilan
Aura troqué sa peau contre un titre de figurant.
Le verrou va sauter, et ce sera votre nom
Qui servira de cible au fond de vos prisons.

Le silence est un crime quand les murs vont craquer
La base et le sommet sont enfin alliés.
Regardez votre échec, il a un nom, il a un prix
C'est ma démission... et le constat de votre mépris.

"La prison est pleine, Monsieur le Ministre.
Pleine à craquer. 
Et mes clés sont sur votre table.
J’ai fini mon service. Bonne nuit."