L'école de la nuit ...
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Paroles
L'école de la nuit … On m’a dit : « Écoute ... et lève bien la main », Traçant sur mon front le code du lendemain. Mais le temps a passé, le masque s'est fendu, Et mon cri de silence est enfin entendu. Sur les bancs de bois noir, sous le poids du silence, J'usais mes culottes en perdant l'innocence. Je rangeais mes « pourquoi » dans les marges du cahier, Et leur craie me coupait ce que je voulais crier. Je buvais leurs leçons comme on boit des poisons, Et je voyais le vide au bout de leurs raisons. À quoi bon calculer la course des planètes, Si l'on ne sait pas lire ce qui se cache aux fenêtres ? Je suis sorti du rang pour marcher au hasard, Loin des chemins tracés et de leur vieux buvard. J’ai gardé sous la peau l’instinct du mauvais chien, Celui qui mord la laisse avant d’aimer la main. Mon métier, ma passion, je les dois à l'instinct, Pas aux chiffres qu’on jetait sur mon propre destin. J'ai appris sur le tas, en brûlant leurs schémas, Que la vie est un cri que l'école n'entend pas. On nous apprend la règle, mais jamais la révolte, Sous leurs dalles de pierre remue une autre récolte. Ils veulent des corps lisses qui attendent le matin, Pour payer la facture de leurs maux de demain. Entre l'assiette vide et le sucre doré, On a pesé le prix de nos vies oubliées. Je vois qu'on parle aux gosses avec des mots trop grands, Qu'on leur vend des miroirs avant qu'ils aient vingt ans. Et sous les beaux discours, les sourires officiels, Je vois leurs mains qui comptent ce qu'il reste du ciel. On leur câble le rêve, on leur dompte le pas, Pour qu'ils aiment la cage qu'ils ne voient même pas. Leur vice est un écran, une froide lueur, Un parasite blanc au milieu du cœur. Tout s'accélère et gronde, le vieux monde s'effondre, À leurs questions tordues, je n'ai plus à répondre. Demain, pour être libre, on cochera des cases, Et nos chaînes auront l'air d'un choix dans une phrase. On signera nous-mêmes au bas de la prison, Contents d'avoir choisi la couleur du plafond. On nous apprend la règle, mais jamais la révolte, Leur monde de calcul prépare sa récolte. Ils injectent leur code, ils gravent leurs décrets, Pour que l'homme s'efface derrière leurs intérêts. Adieu le libre choix, bienvenue au troupeau, Où l'on marque les âmes d'un numéro de trop. Au bout de leur progrès, on n'entend plus les clés, La porte est grande ouverte et nul ne veut passer. On reçoit sa pitance en échange d'un clic, Sous l'œil d'un automate, nouveau juge politique. L'école est une puce, un rêve sous hypnose, Où l'on ne pense plus, où l'on subit la dose. Mais au fond des impasses, loin de leurs réseaux gris, Quelques voix sans collier réveillent encore la nuit. On nous apprend la règle, mais jamais la révolte, Pourtant sous leurs pavés remue une autre récolte. Ils ont pris mes matins, mes colères, mon nom, Mais je garde une dent pour briser leur prison. Je ne promets plus rien, je refuse leur étau, Car même un chien battu peut recracher l'anneau.